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La seule reine d’Haiti: Marie-Louise Christophe

June 13, 2018

By SK/NOFI*, AFROPUNK Contributor

Marie-Louise Christophe fut la seule reine d’Haïti. Elle obtient ce statut en 1811, lorsque son époux Henri Christophe s’autoproclame roi de l’île. Après la chute du régime, en 1820, la souveraine est condamnée à l’exile. Elle mourra à Pise, en Italie, en 1851, à l’âge record pour l’époque de 73 ans.
Avant d’inscrire éternellement son nom dans l’histoire de la Première république noire libre, Marie-Louise Coidavid-Melgrin, de son nom de jeune fille, jouissait déjà de privilèges notoires. En effet, alors que la majorité de ses futurs sujets étaient esclaves ou descendants d’esclaves, elle naît elle dans une famille d’affranchis, à Ouintaminthe (Nord-Est d’Haïti). Née libre donc, et d’ascendants libres, sa fortune est renforcée par son teint clair; en effet, elle est de cette caste que l’on appelle “Brune”, ce qui, en ces temps, offre un avantage considérable. Ainsi Marie-Louise reçoit de l’instruction, elle sait lire et écrire. Fille de bonne famille, son père possède un hôtel , l’hôtel de la Couronne, au Cap-Haïtien, alors Cap-Français. C’est là qu’elle rencontrera celui qui deviendra son époux et le roi d’Haïti.

L’avènement d’une souveraine

Au moment de leur rencontre, Henri Christophe a rejoint la guerre d’indépendance qui secoue le territoire, dans l’armée de Toussaint Louverture. Contrairement à la jeune fille, il a peu d’instruction; toutefois, il se démarque par sa vaillance, qui dessine alors son glorieux destin. Marie-Louise a 15 ans, en 1792, lorsqu’il succombe à sa beauté. L’attirance est réciproque, les deux jeunes gens deviennent rapidement amants et se fréquentent dans la propriété paternelle. L’année d’après, en 1793, Henri Christophe fait de Marie-Louise son épouse. Une union passionnée mais mouvementée, en raison du climat martial qui enveloppe l’île. Marie-Louise, amoureuse et loyale, joue le jeu et suit son mari de villes en villes, se cachant autant que possible afin de ne pas être prise pour cible et à la défaveur de sa vaillante moitié. Entre-temps, un an après leur union, elle donne naissance à son premier enfant, François-Ferdinand. En 1798, Marie-Louise met au monde Françoise-Améthyste. La famille s’agrandit tandis que la carrière militaire d’Henri Christophe prend de l’ampleur. En 1802, il est fait Brigadier Général par Toussaint Louverture.
Deux ans plus tard, Saint-Domingue accède à l’indépendance et devient Haïti (Ayiti), la Première république noire libre. En 1806, Christophe s’associe au Général Alexandre Pétion; les deux se liguent contre Jean-Jacques Dessalines et le tuent. Pourtant, la coalition des deux militaires ne tient pas. En 1807, leur mésentente donne lieu à la scission d’Haïti. Les deux hommes se partagent alors l’île: Pétion gouvernera le Sud; Henri Christophe gouvernera le Nord. Il se proclame “Président et généralissime des forces de terre et de mer de l’Etat d’Haïti”, à vie, faisant ainsi de Marie-Louise la première dame. Entre-temps, cette dernière a mis au monde deux autres enfants: Athénaïs en 1800 et Jacques Victor-Henri en 1804.
Le 26 mars 1811, Henri Christophe s’auto proclame roi après avoir fait de la partie Nord d’Haïti un royaume, le sien. Marie-Louise Christophe devient la première reine d’Haïti. Il avait lancé dès 1808 la construction du palais Sans Souci, véritable joyau architectural. En tant que souveraine, elle a le droit à sa garde personnelle et ses propres domestiques. Dans le palais, elle fera pousser les plantes et fruits les plus rares, pour son propre jardin appelé “Folie des dames”. Marie-Louise est décrite comme une souveraine dévouée à son peuple et à ses enfants. Elle prend d’ailleurs soin de nombreux prisonniers emprisonnés par son mari.

De dame en drames

Le fils héritier, François-Ferdinand est envoyé par le roi à Paris. Un séjour duquel il ne reviendra pas: il sera envoyé à la Maison des orphelins où il mourra de famine en 1814. L’auguste couple se remet tant bien que mal de cet incommensurable chagrin et continue de diriger son royaume. Pourtant, en 1820, la révolution éclate, le peuple s’insurge contre le monarque. Henri est un réformateur, il a une vision ambitieuse dont découle un plan d’envergure pour ses sujets. Néanmoins, ces derniers, ainsi que ses plus proches collaborateurs ne lui accordent aucune sympathie. Il n’est pas aimé. Cela affaiblit son pouvoir, déjà attaqué avec virulence par ses opposants du Sud. Voyant le soulèvement le pousser vers une fin proche et atroce, il pratique la politique de la terre brûlée pour ne pas que ses assaillants prennent possession de ce qui lui revient. A 53 ans, orgueilleux, il se suicide pour anticiper un éventuel coup d’état. Son benjamin, Jacques-Victor Henri, alors majeur, devient le roi Henri II. Un peu plus d’une semaine plus tard, les contestataires prennent d’assaut le château et pendent le nouveau souverain. Marie-Louise, la reine déchue, prend la fuite avec ses deux filles, seule progéniture qu’il lui reste. Elle rejoint Suzanne Louverture, veuve de Toussaint dans sa planque sur les hauteurs de l’île.

L’intervention de Boyer

Etrangement, c’est grâce à l’intervention d’un opposant de son défunt roi, qu’elle a la vie sauve. Jean-Pierre Boyer (1776-1850), mulâtre, proche de Pétion et président à vie de l’Etat du sud d’Haïti après s a mort en 1818, est de ceux qui ont renversé Henri Christophe et la monarchie. Grâce à l’insurrection des nordistes, il réunifie Haïti et annexe l’actuelle République dominicaine, en 1822, alors territoire Espagnol. Il accorde sa protection à la reine et à ses filles puis organise leur départ de l’île sur le navire d’un amiral britannique. Arrivée en Europe, c’est sa soeur, Cécile Fatiman, devenue Pierrot par le mariage, basée en Italie, qui fait le nécessaire afin que sa famille la rejoigne. C’est dans ce pays, à Pise, que la reine meurt en exil un 14 mars de l’année 1851, à l’âge de 73 ans. Après sa fuite, elle aura tenté, en s’adressant aux autorités, en vain, de rentrer sur sa terre natale. Marie-Louise fut la seule à porter le titre de noblesse de reine dans l’histoire d’Haïti.
Son nom perdure à travers les écoles de danse Marie-Louise Coidavid dont l’une se trouve au Cap-Haïtien et l’autre au Canada.

* En partenariat avec NOFI

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